© Amy O'Neill
jusqu'au 27 février 2010
sculptures, dessins et vidéo
LE MONDE A L'ENVERS
Une Inquiétante étrangeté
Je me souviens des feux de Bengale…
Du souffle chaud, cinglant de l’air,
De ce défilé pompeux, grotesque, du carnaval, de cette parade sans fête. Le paysage soudain s’animait de chars, de ces grandes voitures sur lesquelles paradaient des personnages fantastiques, extravagants, je saisissais le monde à l’envers… Valérie Mazouin, directrice
Extraits d’un entretien réalisé en 2007 pour la revue Numéro, par Nicolas Trembley.
Numéro : Pourquoi cet attrait pour la culture populaire ?Amy O’Neill : Plus que la culture populaire, ce qui m’intéresse avant tout, c’est de comprendre les endroits où j’ai grandi. Je suis née dans l’ouest de la Pennsylvanie, une région qui associe des versions divergentes de l’histoire. Par exemple, le conseil de l’établissement où mon père a étudié a décidé un jour de greffer le visage de J.F. Kennedy sur l’effigie de la mascotte du lycée… qui n’était autre que le chef indien Monacatootha.
Comment vous inscrivez-vous dans la culture pop, sujet de prédilection de nombreux artistes américains ?Je m’intéresse à l’écoulement du temps, à ce qui est oublié et perdu, à l’entropie des événements. Contrairement aux artistes pop des années 60, qui manifestaient un détachement par rapport à leurs sujets et qui ont emprunté les formes de la culture de masse pour définir un nouveau mouvement artistique, je me concentre sur des lieux en ruine, trop inaccessibles ou délaissés pour être véritablement pris en compte par la culture populaire.
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Pourquoi constituer un cimetière de chars de parade ?Le Parade Float Graveyard est un projet dans lequel j’ai recréé des chars ayant jadis participé à des parades. Commémorer ainsi des chars de défilé met justement l’accent sur leur statut d’engins temporaires, célébrant une culture populaire locale. Ceux que j’ai construits témoignent tous d’une contradiction interne entre leur forme et leur message. Old Noah’s Ark (l’arche du vieux Noé) est le deuxième char à entrer dans mon cimetière.
Vous vivez en Suisse depuis quelques années, quel regard portez-vous sur cette culture puisque vous avez produit de nombreux dessins de chalets ?Vivre en Suisse a été une vraie aventure pour moi. J’ai été frappée par le côté sombre et menaçant des chalets des Alpes, accentué encore par leurs volets qui semblent toujours clos. Comme je venais de m’établir à Genève et que je me demandais comment poursuivre mon travail sur la culture vernaculaire américaine, cette expérience m’a poussée à me concentrer sur ce qui m’entourait. Je vais toutefois retourner vire à New York l’été prochain.
Vous terminez actuellement Forest Park Forest Zoo, un film produit par Anne Sanders…Forest Park Forest Zoo est une série de sculptures, de photographies, et un film tourné en seize millimètres. Tous ces éléments commémorent un parc abandonné situé au bord d’une route de campagne à Gallitzen, en pleine Pennsylvanie. Ce site réunissait un zoo où les enfants pouvaient caresser les animaux et une forêt « enchantée ». Aujourd’hui, les snacks-bars, les granges, les promontoires pour animaux, les cages rouillées et les différents abris à thèmes construits pour les enfants disparaissent sous la broussaille. J’ai fait réaliser, pour le sous-sol d’une exposition au Sculpture Center de New York, des silhouettes en contreplaqué de ces édifices abandonnés. Le film rend hommage à une production culturelle home-made qui, pour moi, fait partie intégrante du paysage nord-américain. Il fonctionne comme un documentaire montrant l’entropie qui affecte graduellement un site, son envahissement progressif par les forêts qui le jouxtent et dont il tire pourtant son nom.
Quels sont vos projets ?/…/ je vais construire une gigantesque silhouette de maison en forme de chaussure. L’idée reprend un conte dans lequel une vieille femme vit dans une telle maison avec des dizaines de gamins. Un souvenir d’enfance ultime !
Entrée libre. Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 18h.
Sur rendez-vous pour les scolaires et les groupes.